Nous proposons ici des extraits d'ouvrages, nous n'en faisons aucun commentaire... Ils sont proposés pour vous donner un aperçu de notre "fond" duquel a émergé notre projet, et nous vous recommandons l'ouvrage original.

Le grand livre de la Gestalt                                                                                                                             Edition EYROLLES

Collectif animé par Chantal et Gonzague MASQUELIER

avec la participation de Jean-Marie DELACROIX, Daniel DESCENDRE, Anne et Jean-Paul SAUZEDE, Sylvie SCHOCH de NEUFORN    

                                                              La Gestalt

La Gestalt-thérapie a été fondée en 1951 à New York par un groupe de sept personnes ayant des personnalités et des cursus professionnels très variés. .../...

L'une des originalités de la Gestalt est qu'elle a été pensée par un collectif: point de pensée unique ni de fondateur aux écrits sans cesse commentés. La Gestalt est née dans un foisonnement d'idées parfois géniales, parfois contradictoires, cherchant à décrire un processus, celui des échanges perpétuellement mouvants entre un organisme et son environnement. .../...

Nous avons voulu reproduire ce processus créatif dans l'élaboration de cet ouvrage. Nous n'avons pas souhaité réserver l'écriture de ce livre au titre ambitieux à un seul auteur, ni même à un couple d'auteurs, car qui pourrait prétendre synthétiser cette approche? Nous n'avons pas non plus envisagé d'en confier la rédaction .à une seule école de formation pour éviter qu'elle ne s'arroge le privilège d'être la « vitrine» de la Gestalt.

Nous avons préféré former un collectif d'auteurs, avec des styles de travail différents, afin de décrire au mieux les paysages multiples de la Gestalt. Nous avons largement sollicité nos collègues... Chantal et Gonzague Masquelier ont assuré la coordination de ce livre afin de préserver une certaine cohérence. .../...

• Notre Gestalt

Le terme Gestalt vient d'un verbe allemand gestalten, difficilement traduisible en français, qui donne l'idée de « mettre en forme, donner une structure ». Une forme émerge d'un fond indifférencié, celui de nos émotions ou de nos besoins par exemple; cette forme vient au premier plan, comme un acteur de théâtre qui se placerait sur le devant de la scène ; elle devient la figure principale. Figure et fond ne peuvent exister l'un sans l'autre, dans un processus temporel, comme une sorte de danse. La Gestalt nous invite à prendre conscience de cette danse:

l'idée, est de mettre en lumière la fluidité du mouvement, le processus de transformation des besoins ou, au contraire, les ruptures de contact, les rigidités, les besoins inassouvis, ce que nous appelons les « impasses de contact» en particulier lorsqu'elles sont répétitives...

Beaucoup de psychothérapies tentent d'expliquer notre psychisme en termes d'entités, de grilles d'observation, d'états différents de la personnalité. On cherche à photographier les différentes strates du psychisme comme le ferait un géologue. La Gestalt nous a fait passer de l'ère de la photographie à celle du cinéma. Elle s'intéresse au «processus », l'ajustement permanent entre l'organisme et l'environnement. Cet ajustement est par définition en perpétuel changement. Il n'est pas possible de fixer ce contact, comme une photo pourrait fixer une expression, un regard. Les gestaltistes parlent de forme qui émerge du fond, d'ajustement créateur, autant de termes qui évoquent le mouvement, le cinéma, le théâtre. Ils adoptent une vision holistique de l'homme (holos, «le tout» en grec) et prennent en compte toutes les formes d'expression, en accordant une place importante au corps et aux émotions. Pour cela, les gestaltistes s'appuient sur une théorie multiréférentielle mais cohérente, inspirée à l'origine de la Gestalt-psychologie et des approches psychocorporelles post-freudiennes; du côté philosophique, de la phénoménologie, de l'existentialisme et de l'influence orientale.

Son originalité n'est pas dans ses techniques mais plutôt dans son objectif qui est d'élargir le champ de nos possibles, augmenter notre capacité d'échange avec des êtres ou des environnements différents, restaurer notre liberté de choix. Privilégiant le « comment » au « pourquoi », elle souligne nos inhibitions, nos évitements et nos ressources. Plutôt que d'expliquer les origines de nos difficultés, elle propose d'expérimenter des pistes de solution.

Nous distinguons:

• la Gestalt-thérapie qui est d'abord une approche thérapeutique inscrite dans le courant humaniste; elle se pratique en thérapie individuelle ou en groupe;

• la Gestalt qui s'est également ouverte à d'autres champs d'application: l'éducation, le développement personnel, les institutions ou les entreprises; le coaching gestaltiste; par exemple, se développe en France depuis la décennie 90

Nous avons délibérément choisi la seconde option en intitulant cet ouvrage Le grand livre de la Gestalt pour élargir l'application de cette approche. En ne nous limitant pas à la Gestalt-thérapie proprement dite, nous donnons ainsi place à un plus grand nombre de nos praticiens.

• Notre originalité

Si la Gestalt-thérapie s'avère une méthode intégrative, cinquante années avant la vogue actuelle de la psychothérapie intégrative,il importe de repérer son fondement et son originalité. C'est dans le bouillonnement culturel de la vieille Europe de l'entre-deux-guerres qu'elle germe, sous l'impulsion de Fritz Perls dynamisé par son analyse avec Wilhelm Reich. Au terme de quelques pérégrinations, via l'Afrique du Sud, la Gestalt-thérapie éclôt aux États- Unis. Portée par la mouvance de la psychologie: humaniste, elle intègre dans une démarche holistique les dimensions corporelles, émotionnelles, mentales et spirituelles, comme ses petites soeurs nées dans le même contexte libertaire de la décennie soixante (telles la bioénergie, l'analyse transactionnelle, etc.). Exportée en Europe dans les années post-68, elle s'implante et prospère dans un terrain favorable. Mais ce serait la réduire ou la stigmatiser que de l'assimiler à une méthode de développement personnel qui promet l'épanouissement dans un «jouir sans entrave! ». En effet la proposition gestaltiste est plus révolutionnaire que libertaire lorsqu'elle prône l'indissociabilité organisme/environnement.

Cette conception unitaire vient bousculer la vision traditionnelle occidentale d'un individu séparé, vu comme une entité isolée soumise à des aléas extérieurs qu'il cherche à maîtriser par le savoir et le pouvoir. La vision gestaltiste met l'accent sur la manière de chacun d'être au monde et de « contacter» ce monde, ouvrant une possibilité féconde de mouvements et d'ajustements de frontière-contact, dans un va-et-vient continu entre l'environnement et soi. La pensée dualiste et causaliste qui oppose l'âme et le corps, le sujet et l'objet, l'interne et l'externe, l'avant et l'après se trouve remise en cause pour considérer pleinement et présentement l'ensemble de la situation. Il s'agit véritablement d'une rupture conceptuelle dont nous ne mesurons pas encore toutes les implications:

'                Sur le plan politique et social, nous sortons du paradigme individualiste qui isole l'individu et nous entrons dans un                                  paradigme de champ où l'individu fait partie d'un ensemble, d'un système relationnel. Ce qui ouvre à la prise en compte de                    la complexité de chaque situation et invite à explorer et expliciter plutôt qu'à chercher à expliquer ou à répondre aux                              questionnements.

                 Du côté philosophique, la démarche phénoménologique, pour qui la conscience est mouvement réciproque entre sujet et                        monde, semble la plus cohérente avec notre posture. Limportance donnée à l'expérience et à l'éprouvé aux dépens des                          présupposés ouvre, à la nouveauté de chaque situation dans l'ici et maintenant. Le questionnement existentiel sur le sens                      de la vie en découle.

                 Enfin, dans le domaine thérapeutique qui nous intéresse ici, l'innovation est l'engagement du thérapeute dans le processus                    thérapeutique. Il ne se situe pas comme un expert mais, faisant partie de l'environnement du patient, il participe à la                                situation. Son éventuel dévoilement se fait au profit d'une mise en mouvement qui, débloquant les Gestalts fixées, permet                      une co-construction vers une transformation.

Tout ceci suppose une sorte d'acte de foi du gestaltiste, une confiance dans la créativité qui émerge à chaque instant, dans l'ajustement créateur mobilisé par la rencontre, dans le contact avec l'étrangeté et l'altérité. Un des fondateurs de la Gestalt, Paul Goodman, nous invite à cette confiance: «La foi c'est savoir, au-delà de la simple conscience, que si l'on fait un pas de plus, il y aura bien un sol sous nos pieds. »

 •Du fondement à la diversité

Si le principe de l'unité organisme/environnement est la pierre fondatrice sur laquelle s'appuient les gestaltistes, nous devons reconnaître la coexistence de plusieurs orientations à partir de ce fondement. Réunis en 2008 autour des États généraux de la Gestalt-thérapie, l'un d'entre nous, Daniel Descendre, qui participe à cet ouvrage, a formulé le souhait que nous puissions préciser ce que serait le PGCD (Plus Grand Commun Dénominateur), c'est-à-dire trouver un accord sur ce qui serait notre base commune. C'est dans cette recherche que s'origine la motivation pour écrire ce livre ensemble.

Nous sommes bien embarrassés pour définir notre identité : comme le saisira le lecteur, la Gestalt-thérapie est en mouvement. Son élaboration est le fruit d'un travail collectif qui laisse un chantier ouvert que nous avons à coeur de poursuivre... Ce qui signifie que sa transmission est avant tout orale et expérientielle, au point que, dans l'histoire de la Gestalt-thérapie, quelques ténors ont refusé d'écrire, craignant de figer-notre approche ou de dogmatiser notre méthode (tel Isadore From). Aujourd'hui, dans cet ouvrage, nous faisons le choix engageant de communiquer et de transmettre par écrit notre adhésion à la Gestalt-thérapie.

 

Mais alors quel serait le socle sur lequel nous reconnaître et nous appuyer?

Nous disposons de l'ouvrage princeps, Gestalt-thérapie, corédigé en 1951 par Perls, Hefferline et Goodman. Ce texte, bien qu'imparfait et parfois contradictoire, s'offre comme référence théorico-clinique. Dans le nouveau livre que nous rédigeons aujourd'hui, et plus spécifiquement dans la partie conceptuelle, nous sommes fidèles à cet ouvrage fondateur et aux exégètes qui ont cherché à le rendre accessible. S'appuyant sur la notion fondamentale du contact qui relie organisme et environnement, un consensus se dégage pour valoriser l'expérience à la frontière-contact, et la conscience de cette expérience. À partir de cet ancrage commun, différentes orientations sont possibles, selon la manière d'envisager et de traiter l'expérience.

Nous pouvons repérer trois tendances principales

             Regarder la manière dont l'expérience passée conditionne l'expérience actuelle:

              dans cette option, nous cultivons l'héritage psychanalytique, influencés par le principe de répétition et la théorie des pulsions.               Mettre l'accent sur la notion de Gestalt inachevée qui nous pousse à reproduire les situations passées dans la quête                               insatiable d'une satisfaction prolongeant cette vision. Nous sommes attentifs à la reproduction de ces scénarios dans la                         relation thérapeutique, le thérapeute cherche à articuler les théories de l'attachement et de la construction du lien avec                         l'approche gestaltiste*.

             Valoriser l'importance et la nouveauté de l'expérience actuelle: ici nous adhérons à la démarcation initiale de la Gestalt par                    rapport à la psychanalyse traditionnelle, en donnant l'occasion d'exercer notre potentiel créateur. Nous proposons alors                        différentes expérimentations - par le biais de jeux, exercices, supports d'expression, mises en scène, monodrames,                                psychodrames, et la fameuse chaise vide - qui favorisent l'amplification émotionnelle et l'actualisation des problématiques.                  Ainsi, l'accent est mis sur l'ici et maintenant, et après... plutôt que sur l'histoire passée**.

             Inscrire l'expérience actuelle dans une perspective de champ: cherchant a préciser le message spécifique de la Gestalt-                        thérapie, nous sommes amenés à bousculer un certain nombre de croyances et de présupposés.

              Notamment la notion de psyché qui n'existe plus en tant que telle, mais se trouve constamment remaniée en fonction de                        l'environnement et de l'évolution temporelle. Dans cette perspective, la relation thérapeutique est vue comme une situation                    commune que patient et thérapeute coconstruisent d'instant en instant. Cette posture s'appuie sur l'approche                                          phénoménologique***.

Ces trois tendances ne sont pas exclusives et peuvent s'avérer complémentaires. Elles participent à l'évolution de la conception de la psychothérapie. En effet, la Gestalt-thérapie, née dans les années 1950 outre-Atlantique, mais incontestablement fruit de l'émigration européenne, offre un regard précurseur sur l'homme et sur la santé. Nous remarquons aujourd'hui sa grande influence dans toutes les méthodes thérapeutiques contemporaines.

Cette option est particulièrement développée dans la Psychothérapie gestaltiste des relations d'objet initiée par le Canadien Gilles Delisle (PGRO). En France Yves Mairesse, Yves Plu, Pierre Van Damme, entre autres, y font référence.

** Ce courant, fidèle à la pratique perlsienne, est largement diffusé à travers les continents. En Europe, Serge Ginger et Gonzague Masquelier sont porteurs de cette méthode.

*** Cette recherche est soutenue en France par les travaux de Jean-Marie Robine et de Jacques Blaise. Dans cette mouvance, les écrits d'Edith Blanquet et de Patrick Colin confirment l'orientation phénoménologique qui sous-tend notre posture.

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